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Cachez-nous ces fous que nous ne saurions voir !

30 Juin

« Celui que l’on appelle le fou, c’est cet autre, inquiétant, cet exilé de la raison. En transgressant la norme, en bousculant l’ordre établi, il nous fait peur ! Pourtant le malade mental appartient à l’Humanité, et nous interroge : qui est-il ? Comment vit-il avec sa maladie ? Comment est-il soigné ? Quelle place la société lui accorde-t-elle ? A l’heure où les troubles psychiques concernent 1 personne sur 3. »
C’est pour tenter de répondre à ces question qu’a été entrepris ce voyage d’un an au cœur de la psychiatrie qui fait de « Vies de Fous » de Samul Luret et Jean-Thomas Ceccaldi
(diffusé sur Canal+ en 2008), un documentaire passionnant (1h30) – suivi de 30 mn de débat nous offrant un « état des lieux » actualisé, très intéressant également – à REgarder ici (cliquez sur l’image – patientez un peu pour le lancement) :
Vies de Fous Grand Ecran
Il y a 9 ans, le constat
(qui n’a fait qu’empirer depuis) était : « en 20 ans, les demandes de consultations ont doublées, de 700 000 en 1989, elles sont passées à 1 400 000 en 2007. On recense 6 fois plus de dépressions qu’il y a 30 ans ! »
Or, le manque de moyens, le nombre réduit de lits et de soignants, implique des hospitalisations écourtées, avec des renvois à domicile prématurés. Les établissements de santé privés ne prennent pas en charge la psychose et les structures extra-hospitalières sont trop rares pour pallier le besoin grandissant d’hébergement. C’est ainsi que les gens souffrant de maladie mentale ne sont pas soignés comme ils le devraient, « relâchés » et livrés à eux-mêmes, ils finissent souvent dans la rue.
On connait l’intrication qu’il y a entre la maladie mentale et la précarité sociale, les chiffres sont là pour l’attester : en 2007, sur les 10 000 SDF recensés à Paris, 30% étaient atteints de troubles psychiatriques, 10% étaient schizophrènes, en augmentation constante depuis 10 ans. Le système n’ayant pas pu arrêter ce qui se mettait en route chez ces victimes de leur pathologie, personne n’étant arrivé au bon moment pour arrêter leur chute, le lien social s’est rompu !
C’est l’humanitaire
(associations d’aide, centres d’accueil des SDF) qui prend alors le relais pour s’occuper de ces âmes en souffrance que la société a abandonnées. Faute de soins, en proie à leur folie, ces personnes deviennent souvent agressives, ce qui les fera basculer dans la case « délinquance » menant tout droit à la case « prison » ! C’est ainsi qu’en 2007, près de 30% des détenus étaient des malades mentaux. Parmi eux : 7% étaient schizophrènes et 7% présentaient des troubles psychotiques, hallucinatoires ou paranoïaques, soit 14% porteurs de pathologies mentales de dimension aliénantes = 14 fois plus que l’incidence de ces troubles dans la population générale, où ils se chiffrent à 1%.
Que faut-il voir dans ces chiffres ?
– soit ces troubles-là sont sous-diagnostiqués lors de l’incarcération
– soit on choisit délibérément la prison pour s’« occuper » de ces êtres à part, ces fous dangereux que l’on s’empresse de mettre en cage pour les exfiltrer d’une société plus encline à la peur et au rejet qu’à la bienveillance ou la compassion.
Parmi les 5000 détenus psychotiques, recensés en 2007, 5% l’étaient pour crimes de sang perpétrés en état délirant. Le milieu carcéral ne convient bien évidemment pas à ces malades et tend au contraire à aggraver leur psychose. Ce ne sont pas eux qui sont dangereux, c’est leur pathologie qui est dangereuse !! C’est elle qui doit être détectée et soignée.
La fin du documentaire montre qu’avec des soins appropriés, certains patients peuvent s’en sortir et retrouver une vie quasi normale !! Un truc de guedin, complètement ouf, on hallucine ! :-)
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« Chaque société a la psychiatrie qu’elle mérite. La psychiatrie se trouve révélatrice de la substance éthique d’une société, c’est-à-dire des valeurs qu’elle promeut à un moment donné. Je n’ai pas, à l’heure actuelle, l’impression que la psychiatrie, qui s’annonce, a cette vocation de préserver l’humain, c’est-à-dire de reconnaître déjà l’existence d’un conflit en soi, d’une souffrance en soi.
Le terme de soins, étymologiquement, il est du côté de se soucier de soi et de l’autre. Il est du côté du souci. Je n’ai pas l’impression que nous soyons du côté du souci. Je pense que nous sommes d’avantage du côté de la gestion. » Roland Gori
(Professeur émérite de psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille.)
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« Une logique comptable, une logique économique, une logique capitaliste va à l’encontre de tout ce qui est humanitaire. Je crois qu’on ne peut plus aller plus loin, ça risque d’éclater au niveau de la santé mentale, en sachant que le plateau technique en psychiatrie, c’est les soignants, c’est les médecins et les infirmières, beaucoup les infirmières ! Dans la mesure où nous n’avons pas cette catégorie de personnel, ou très peu, nous finissons pas faire du gardiennage et pas des soins. » Yazid Harchi
(Psychiatre – Hôpital de Melun)

*One Flew Over the Cuckoo’s Nest* (Vol au-dessus d’un nid de coucou), chef d’oeuvre de Miloš Forman.
One Flew over the Cuckoos Nest Film
Ce film, sorti en 1975, reste la référence en matière d’univers psychiatrique retranscrit au cinéma.
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